Pôle emploi : par téléphone ou en face à face. Il te faut un identifiant. Sans ton identifiant on ne s’occupe pas de toi. Comme si tu n’étais pas là.

Le numéro. Voilà la première violence. On obtient effectivement un premier bonjour, vite relâché d’entre les dents serrées de la personne qui se trouve face à nous. Ce bonjour anecdotique et suivi d’un regard concentré sur un écran posé là en interface entre l’usager et la préposée. L’interaction réelle; le regard, la voix, la parole se trouve, elle, parasitée par cet instrument de mise à distance. Cette séparation symbolique qui complète celle, matérielle et très concrète d’un comptoir auquel on accède par une porte dérobée. L’interlocutrice et donc doublement distante.

Le numéro donc. Cette série de chiffre qui est la clé de la destinée du bouchon de liège ballotté par les éléments qu’est à ce moment l’individu. Ces sept chiffres suivis d’une lettre revêt une symbolique hautement signifiante et significative. Cet identifiant est la clé qui permettra de déverrouiller ou resserrer la chaîne autour du coup de l’usager qui pour l’heure est en demande éperdu d’oxygène.

Les doigts de l’agente d’accueil pianotent. Entrent le sésame. Les yeux consultent. La gorge émet un son sibyllin. C’est tout.

Tu lui as remis un papier, une simple feuille de papier recyclé brunâtre que tu as remplis sans trop comprendre, parce qu’on te le demandait. Que tu as docilement apporté, parce qu’il le fallait.

Tu t’es soumis à une autorité illégitime qui tient entre ses mains malhabiles et grossières ta vie. Ta survie, parce que c’était nécessaire.

Quand tu fais une démarche il y a « un délais de traitement », de toute façon t’as que ça en réserve, du temps. Quoi que… Le compte à rebours du frigo qui se vide, de ton paquet de clopes qui s’épuise (moralisateur passe ton chemin), des SMS et mails de ta banque sont tout de même un bon indicateur du temps qui s’écoule.

Un paradoxe de collision de temporalités : du temps qui se traîne dans des journées que tu occupes comme tu le peux face à l’urgence de la survie. L’expérience métaphysique de l’opposition constante de la perception du temps.

Dans le local de la misère, les conseillers et conseillères occupent leurs heures à des tâches inutiles et sans but, les visages sont marqués et tout ce qui les distingue des usagers c’est cette petite veste aux couleurs de l’agence.

Le chômage c’est les vacances comme dirait l’autre.

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