Dans la concurrence généralisée que se livrent les individus les uns aux autres, sur tous les plans et dans toutes les sphères de leur vie, il faut percevoir la racine de cet état de fait : la méritocratie.

Une croyance si l’on devait la résumer s’exprimerait parfaitement en une phrase : « on a ce qu’on mérite ».

A partir de là et par un raisonnement par l’absurde on peut en tirer la conclusion que le gamin qui meurt dans la rue mérite sa place ? Tout comme le réfugié mérite de se trouver sur un bateau de fortune au péril de son existence ? Ou cette loi a-t-elle des bornes, des limites ?

L’avantage de la Méritocratie c’est qu’elle ne s’embarrasse pas de preuves, d’expériences ni de démonstrations. C’est tout l’avantage d’une croyance, elle se résume en une adhésion quasi-fanatique à ce credo qui permet en toutes circonstances de trouver une explication vraisemblable et raisonnable.

Ainsi, le gouvernement d’Emmanuel Macron vient de faire passer un salvateur décret insistant sur la nécessité de sanctionner lourdement les chômeurs qui ne se plieraient pas de la bonne manière à la guerre du marché de l’emploi. On ne le rappellera jamais assez trois-cent mille emplois non pourvus pour six millions de chômeurs et chômeuses : c’est vraiment faire preuve de mauvaise volonté que de ne pas être capable de s’intégrer sur le marché de l’emploi.

Mais quelles conséquences ce type de décret a-t-il ?

Régler le problème du chômage ? Certainement pas !

Mais alors quels bénéfices ? Peut-être pourrons-nous interroger la démarche par une vision stratégique simple : le règne de la terreur.

Un enseignant qui ne parviendrait pas à faire régner l’Ordre dans sa classe pourrait être tenté d’avoir recours à la punition collective (interdite par le code de l’éducation) et donc pour sanctionner le fauteur de trouble, il punirait l’ensemble du groupe dont il a la charge. Avantage au pouvoir : on punit le coupable et on décourage les potentiels fauteurs de désordre.

Il en va de même pour ce fameux décret. 8 % de chômeurs et chômeuses qui ne cherchent pas activement un emploi. La définition d’actif est bien entendu construite selon les critères de ce qui ont les rênes, donc par ceux qui décident de sévir.

Donc selon les critères même de ceux qui ont la charge de mettre fin à la situation la plus scandaleuse, injuste et violente de la société occidentale, il conviendrait de sévir férocement.

Sur quoi se base le pouvoir pour penser qu’une telle mesure sera acceptée ?

Réponse : un savoureux mélange de méritocratie largement répandue dans la population et la conviction de la soumission de la population des privés d’emploi à l’autorité, en somme leur consentement.

La Méritocratie, croyance au double usage d’incitation et de punition permet donc de justifier l’injustifiable que la réalité des statistiques démonte en quelques secondes. Par la méritocratie, que l’on apprend dès le plus jeune, au mépris des travaux des sciences sociales qui ont depuis longtemps démontré la prépondérance des facteurs sociaux dans les destinées individuelles, on admet et on fait admettre que le violent, l’absurde et l’injuste sont loi.

La méritocratie est à l’image de ce que l’on souhaite faire des citoyennes et citoyens du pays : elle est simple, malléable et adaptable.

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